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Pour son exposition personnelle en 2009, Julien Colombier avait choisi de présenter des toiles peintes à l'acrylique, puis découpées autour du sujet et pourvues d'un système d'attache qui permet d'accrocher l'oeuvre sans chassis ou autre encadrement. L'artiste s'affranchissait ainsi de la forme géométrique nécessairement simple imposée à la peinture sur chassis et retrouvait la liberté propre aux fresques de la renaissance ou à celles du graffiti contemporain. Ce travail d'indépendance de la peinture dans son format s'était poursuivi avec une autre invention qui amène parfois l'artiste à jouer avec le verso de la toile. En choisissant de rabattre un pan de la toile sur elle-même, l'artiste dépasse les deux dimensions imparties à la peinture, et nous propose une alternative 3D au trompe l'oeil classique. Quel est l'envers du décors? Qu'y a-t-il derrière la toile? De la peinture, encore de la peinture qui figure des accumulations, des répétitions systématiques d'un élément de base. On se souvient du vertige dans lequel nous aimions à tomber lorsque répétant pendant de longues minutes, un mot au hasard, nous en perdions peu à peu le sens... Les éléments (trompettes, bûches, vagues...) choisis et multipliés par Julien Colombier tendent à voir leur sens premier se dissiper pour se fossiliser dans l'existence d'un ensemble plus vaste à la signification autre. Chez Julien C, ce n'est pas le sujet peint qui a une forme d'existence. Les oeuvres ne sont pas des «fenêtres sur un autre monde ». Elles sont, elles-mêmes, les élements flottants et constituants d'un autre monde. Elles lévitent au-dessus de la réalité basique qui les compose. Ludiques, expérimentales, vertigineuses, elles semblent en migration vers un monde de poésie toute picturale. L'exposition Organic III ( été 2010 ) présentait une série de pastels inspirée par des travaux éphémères exécutés à la craie. Avec cette série réalisée au pastel, plus en matière, plus figurative, Julien C continue sur la voie de l'accumulation et du clonage ( rochers, vagues, volcans...) et aboutit à des paysages gigantesques et impossibles. Des paysages qui troublent et nourissent notre imaginaire de cette poésie surréaliste si particulière à l'artiste. |
Un tas d'émotions basiques, 2008 acrylique sur toile découpée, 180 x 130 cm |