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Mix Design est une mise en oeuvre véritablement contemporaine des arts plastiques : à l'alchimie sonore du DJ répond le mixage graphique des innombrables strates du designer Germain Caminade. Distorsions et interférences, de l'esquisse à l'installation, de la construction de surfaces lumineuses à l'intériorité bouillonnante des êtres, le jeu de mille sensations combinées incite à prendre la maxime de Léonard de Vinci, "Il disegno e cosa mentale", pour une vérité d'ici et maintenant. Germain Caminade empreinte tous les chemins à la fois et ne conçoit son art que par l’exploration libre des possibles. Ces œuvres picturales se déploient dans la polarité entre l’abstraction et la figuration dont elles retiennent la tension féconde. Les plus abstraites demeurent toujours suggestives, tendues vers l’émergence de figures incertaines, prises dans l’équilibre transitoire de structures dissipatives. Les plus figuratives témoignent d’un effort de stylisation révélant des forces sous-jacentes, des relations ou des séparations invisibles entre les êtres qui donnent parfois à ses oeuvres un caractère quasi psychosociologique. Au commencement des mondes. Il y a deux ans, nous écrivions que « la peinture de Caminade cherche la profondeur ailleurs que dans la tridimensionnalité des objets. Elle la trouve dans l’approfondissement des échelles de la matière ou la fugacité des processus temporels ». Avec ses diptyques « galactiques », Germain Caminade expérimente cette fois le déphasage vers l’infiniment grand : sa peinture étend notre perception aux échelles sidérales. Des forces insensées sont à l’œuvre dans les filaments de gaz où chaotiquement naissent les étoiles. Par superpositions et entrelacements, l’incommensurable fraternité des nébuleuses se révèle au regard qui se laisse prendre au vertige d’une ivresse cosmique. Le spectateur assiste au commencement des mondes, stupéfié devant ces images comme en « fausses couleurs ». Car, pareil aux astrophysiciens, Caminade scrute avec ses instruments oniriques la réalité dans des fréquences situées au-delà du spectre de la lumière ordinaire. La profusion fabuleuse de ces couleurs réinventées se détache pourtant sur un fond d’obscurité intense. Le sortilège est lucide, presque douloureux. Ce n’est pas la rêverie douce de l’astronome, qui tire des lignes imaginaires entre les astres pour y figurer de fades constellations. C’est le déferlement sauvage de la puissance inassouvie de l’univers en rut, qui outrepasse tous nos repères, toutes les conventions. Ardente et baveuse, la beauté caminadienne demeure aussi « convulsive » que chez les surréalistes, mais comme dans les œuvres classiques elle est sereine, surplombante, tant son dynamisme formidable réduit au néant l’agitation vaine des destinées trop individuelles. Oublions-nous, un instant ou l’éternité, pour profiter des vraies splendeurs, voici le message des astres proliférants. Vincent Bontems, philosophe (CEA, ENS). |
Aliance_685, 2012 huile sur toile, 60 x 93 cm |